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MODERNITÉS PORTUGAISES : 60 ans d’amitié avec la France

Cette exposition réunit des artistes portugais de générations et de styles différents ayant vécu à Paris tout au long du XXe siècle, en quête de modernité, éclairant une longue histoire commune entre les deux pays.

Des années 1910 aux années 1970, Paris, capitale internationale de l’art, fut la destination de nombreux intellectuels portugais, menés par une poignée de jeunes artistes et poètes, décidés à prendre le destin de l’art et de la culture de leur pays en main, dont le plus connu est Fernando Pessoa. Selon les mots de celui-ci, tous veulent « créer un art cosmopolite dans l’espace et dans le temps ». Une approche du modernisme qui se veut à la fois contemporaine, européenne et lusitanienne, parfaitement synchrone avec les avant-gardes, futurisme et cubisme. Sous le commissariat d’Anne Bonnin, cette exposition s’articule autour de trois moments.

Une production intense
Le premier se consacre à la première période de ce modernisme portugais, de 1910 à 1918,
une aventure intense, prolifique, fulgurante, riche en chefs-d’œuvre et productions décisives,
notamment des écrits et manifestes publiés dans la revue Orpheu. Elle se termine avec
la fin de la première guerre mondiale et la mort de trois personnalités clés, Sá-Carneiro en 1916, Amadeo et Santa Rita en 1918. Les protagonistes de cette avant-garde portugaise sont peu nombreux. La plupart des œuvres de Santa Rita ont en outre disparu, l’artiste mourant ayant ordonné leur destruction, et seules quelques rares en réchappèrent. En regard, l’œuvre d’Amadeo, l’artiste le plus international de sa génération, apparaît comme inventive, stupéfiante et prolixe. L’exposition souligne un aspect important chez ses premiers modernistes : l’intérêt pour la culture traditionnelle portugaise alors que les avant-gardes, à l’exception des Russes, ne s’y intéressent pas encore.

La force de l’exil
La dictature salazariste (1933-1974) et une société figée dans un conservatisme délétère poussent de nombreux artistes portugais à l’exil. Ainsi, Vieira da Silva et Árpád Szenes poursuivent dans un dialogue au long cours leur œuvre indépendante. L’exposition nous fait entrer dans l’atelier et dans l’univers croisé de ce couple exceptionnel. Apatrides (jusqu’à leur naturalisation en 1956) et parisiens, ils incarnent un modernisme humaniste. L’exposition évoque également le surréalisme portugais, fondé en 1940, avec deux figures méconnues en dehors du Portugal : Cesariny et Dacosta qui s’installent à Paris, à la fin des années 1940.

Rapport à la modernité
Pour les modernistes portugais, il semble que la question de la position du Portugal, comme celle de l’artiste, dans l’espace et le temps, dans l’histoire et la culture européenne et internationale, ait une signification existentielle : hantée par un passé colonial mythifié et par l’idée d’une grandeur perdue. Or, la position que l’on occupe et à partir de laquelle on regarde les choses est une question essentielle, politique, poétique, esthétique ou spirituelle qui habita Pessoa. Toujours actuelle, cette question anime une modernité plurielle qui ne cesse de s’interroger sur elle-même et avance en se déplaçant dans le temps et dans l’espace.

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