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L’hommage à Matisse et à l’histoire de l’art de Tom Wesselmann

Bien qu’il s’en soit parfois détaché, Tom Wesselmann s’inspira de la peinture de Matisse tout au long de sa carrière avec pour conséquence des œuvres emblématiques et intenses.

Tom Wesselmann (1931-2004) ne se considérait pas comme un artiste « Pop », loin s’en faut ! Celui qui a d’abord embrassé la carrière de dessinateur de bandes dessinées avant de se consacrer totalement à la peinture à la fin des années 1950 rejetait cette « étiquette » par trop réductrice. Toute sa vie, Tom Wesselmann a construit son œuvre figurative, fusion singulière de la couleur et du trait, dans un dialogue constant avec Matisse, qu’il découvre lors de ses études à la Cooper Union. « Matisse est apparu juste au moment où j’ai obtenu mon diplôme de l’école d’art, à travers un petit livre bon marché de ses reproductions…
qui avaient un sens pour moi », expliquait Tom Wesselmann. Admiratif du travail pictural du maître français, Wesselmann trouve sa voie, suivant en cela les conseils de son professeur Nicholas Marsicano : « Tu dois trouver ton propre chemin… Tu ne peux pas faire du Matisse».

Des œuvres « excitantes »
Ainsi, ses premières œuvres sont très explicitement influencées par son admiration pour Matisse. « Ce qui m’a interpellé chez Matisse, c’est la façon dont ses peintures étaient ouvertement et étonnamment belles et excitantes. On ne peut pas regarder un Matisse sans ressentir une sorte d’excitation ». Comme Matisse, Wesselmann n’a de cesse de revisiter les principaux genres de l’histoire de l’art. « Pour moi, c’était le nu, la nature morte, le paysage… », a-t-il déclaré en mars 2004. Rendu célèbre dès les années soixante avec ses séries Great American Nudes (Grands nus américains) et Still Lifes (Natures mortes), qui puisent leur inspiration dans l’imagerie publicitaire et les objets domestiques (« l’American Way of Life ») mais aussi dans la grande tradition de l’histoire de l’art, il renouvelle cet héritage, le transposant dans son époque. Si Wesselmann a souvent cité Matisse pour sa série Great American Nude, initiée en 1961 et qui compte une centaine de tableaux étalés sur quasiment une décennie, le peintre a trouvé sa voie en déclinant contours maîtrisés et précis, couleurs vives posées en aplats et toute une imagerie sensuelle popularisée par Matisse. De même, dans les années 80, lorsque Wesselmann compose une série de natures mortes en aluminium découpé, il transpose alors des motifs de Matisse, poursuivant cette thématique dans les années 90 à travers des hommages au peintre français. Sa visite au MoMa en 1992 pour la monumentale rétrospective Matisse reste d’ailleurs pour lui une expérience « bouleversante».

Un érotisme audacieux
Pour Wesselmann, le travail de Matisse a servi « de tremplin vers une forme d’érotisme plus affirmé, plus audacieux, et spécifiquement américain. Lorsqu’il évoque son propre emploi de courbes simplifiées à l’extrême et son recours à des formes de couleurs vives en positif/négatif comme moyen de perturber l’harmonie compositionnelle, Wesselmann explique : “la subtilité est un concept européen qui ne m’intéresse pas“. Pour autant, son œuvre, surtout tardive, suggère qu’il se considère comme un héritier américain de Matisse, faisant fi du décorum avec toute la discipline d’un artiste complet qui réalise de nombreuses études préliminaires et travaille différents supports », souligne Gail Stavitsky, auteure et curatrice en chef, Montclair Art Museum. En enlevant toute forme de poésie dans son travail pictural, s’écartant dans ses réalisations de la tradition des grands maîtres tout en leur faisant un clin d’œil explicite, Wesselmann a ainsi toujours recherché l’intensité, un mot clé pour lui. « Je voulais être aussi intense que possible ». Il y a admirablement réussi en rendant toutes les parties de ses œuvres en concurrence.

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