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Galeriste

Stéphane Magnan défend un art engagé

À l’occasion de l’annonce de l’ouverture à l’automne prochain d’un second espace parisien, rencontre avec le propriétaire de la galerie des Filles du Calvaire, l’une des plus belles du Marais à la programmation éclectique.

Cet ingénieur dans la métallurgie a ouvert en 1996 sa galerie dans un bâtiment industriel de 300 mètres carrés sur deux niveaux abrités par une grande verrière. Depuis plus d’un quart de siècle, Stéphane Magnan et son équipe présentent des artistes confirmés ou émergents dans toutes les pratiques de l’art contemporain (peinture, sculpture, vidéo, photographie et installations). Faisant souvent appel à une écriture plurielle, ils proposent des points de vue engagés et des éclairages divers sur le réel et le monde des idées.

Comment un industriel devient-il galeriste ?
Je ne peux pas répondre pour tous les industriels mais, en ce qui me concerne, je ne suis pas
du tout schizophrène [rires]. Je suis né dans la térébenthine. Ma mère est peintre, ma première femme sculptrice, la seconde peintre… J’ai toujours eu énormément d’amis artistes, c’est un milieu qui m’est totalement naturel. Ainsi, c’est un peu l’industrie qui est décalée dans mon existence…

À l’époque, étiez-vous collectionneur ?
Tout à fait. Collectionneur et mécène, parce que j’achetais surtout les œuvres de mes copains. J’aimais évidemment ce qu’ils faisaient, mais cela les aidait aussi à vivre. Et j’ai élargi ma collection au fil des années, qui est complémentaire et plus large que ce que je présente à la galerie, notamment des œuvres des artistes dont j’aime le travail mais qui sont chez des confrères [rires]. Pour autant, je ne me suis jamais considéré comme un collectionneur. Un jour, alors que je négociais le prix d’un ouvrage de Maud Greder, une graveuse que j’aime beaucoup, le marchand appelle l’artiste pour obtenir son accord, lui disant : « J’ai là un collectionneur… ». J’ai tellement été surpris que je me suis demandé de qui il parlait [rires].

Est-ce un peu le hasard qui a décidé pour vous ?
À l’époque, je cherchais un endroit pour habiter sur Paris et je suis tombé sur cet entrepôt à l’architecture magnifique mais qui était en très mauvais état, avec la verrière détruite, un sol en terre battue, des cartons de tétines pour biberons et de préservatifs un peu partout… J’ai fait une proposition au propriétaire qui l’a rejetée et j’ai acheté ailleurs. Un an plus tard, il
est revenu vers moi m’expliquant que les affaires allaient mal et qu’il était prêt à vendre à mes conditions. L’endroit m’avait vraiment plu et je l’ai pris. Dans les ruines, nous avons proposé une première exposition, pour voir, avec des photos, des sculptures et des tableaux. Nous avons fait un peu de pub, distribué des flyers… et cela a très bien marché. Et cela fait un quart de siècle que cela dure.

Vous dites que vous n’avez pas de ligne artistique. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?
Pour moi, ce serait juste encombrant. On refuserait des artistes pour des raisons de non-conformité à une ligne ? Cela me semble totalement stupide. Ne pas avoir de ligne permet d’aller vers toutes les découvertes, quels que soient les médiums, quelles que soient les idées, quels que soient les styles… à partir du moment où le travail et les artistes nous plaisent.

Alors, quels sont vos critères de sélection ?
Évidemment, c’est beaucoup mon choix personnel, des artistes dont j’aime la manière dont ils traduisent leur pensée. Mais c’est aussi un processus très collégial, avec une équipe de 8 personnes, dont un groupe de 5 qui est plus particulièrement impliqué dans le processus artistique. Tout le monde est au courant de tout, chacun a le droit de proposer qui il veut. Ainsi, c’est beaucoup plus riche, parce qu’un groupe peut voir beaucoup plus de choses
qu’une personne seule. Cela a toujours été mon mode de fonctionnement dans l’industrie, il n’y pas de raison que cela soit différent pour la galerie.

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