C’est dans un bâtiment de verre, de métal et de lumière que le musée a souhaité plonger les visiteurs dans l’observation du noir, une fascinante tonalité au symbolisme pluriel.
Par Joséphine Duncan

Construit sur une friche de vingt hectares, celle de l’ancien carreau de fosse des puits 9 et 9 bis des mines de Lens, le Louvre-Lens présente une architecture qui se fond dans le paysage. De verre et de métal, le bâtiment, aux lignes très linéaires et horizontales, épouse en effet le léger dénivelé du terrain sans jamais excéder six mètres de haut. Certains modules architecturaux sont enveloppés de vitrages pour laisser entrer la lumière ; d’autres de plaques d’aluminium anodisé qui reflètent une image floutée des abords du site, recomposant le parc environnant. Le bâtiment principal se compose d’un enchaînement de cinq volumes, un grand carré et quatre rectangles, dont seuls les angles sont reliés. Leur agencement évoque le Palais du Louvre, articulé autour d’un pavillon central sur lequel se greffent deux grandes ailes se terminant chacune par un décroché. L’ensemble s’étend sur 28.000 m². Et au sein de cette vaste agora flottent des bulles de verre ménageant des zones plus intimes : salon d’accueil, médiathèque, librairie-boutique, cafétéria… Enfin, les ouvertures zénithales à l’aplomb des escaliers éclairent le niveau inférieur.

Différents espaces de visite

«Le visiteur, sollicité par l’extraordinaire ampleur du bâtiment, l’immensité des perspectives et le dédale des salles, trouve au Louvre-Lens un environnement où il peut embrasser d’un seul regard la prolifique histoire de la création des hommes. Le Louvre-Lens permet ainsi de contempler différemment les collections du Louvre, voire de les redécouvrir », indique Jean-Luc Martinez, Président-directeur du musée du Louvre, commissaire de la Galerie du temps. Cette dernière est véritablement le cœur du Musée. Dans une scénographie élégante et novatrice, elle expose plus de 200 chefs-d’œuvre du Louvre, selon une présentation chronologique allant du IVe millénaire avant notre ère jusqu’au milieu du XIXe siècle. Un parcours inédit à travers l’histoire de l’art et de l’humanité, croisant les époques, les techniques et les civilisations. Situé dans la continuité de la Galerie du temps, le Pavillon de verre est un espace d’expositions temporaires qui prolonge la découverte des collections du Louvre par des approches thématiques. Les expositions d’envergure internationale en revanche prennent place dans la Galerie des expositions temporaires, un espace spectaculaire qui accueille chaque année deux grands événements mettant en perspective une époque, un artiste, une civilisation ou encore des thèmes transversaux à l’histoire de l’art.

Une exposition spectaculaire

Au nombre de ces expositions d’envergure, celle proposée par le musée jusqu’au 25 janvier 2021 figure parmi les plus spectaculaires. Poétique et sensorielle, « Soleils noirs » offre une rencontre inédite avec des chefs-d’œuvre de l’Histoire de l’art. Près de 75 ans après l’exposition mythique « Le Noir est une couleur », le visiteur est plongé dans l’observation fascinante de cette tonalité au symbolisme pluriel dans les arts occidentaux, de l’antiquité à nos jours. « Le noir est la couleur du tout et du rien. La couleur du néant, de la mort, des possibles et de l’impossible, de l’infini et du vide. Il ouvre sur d’autres mondes, invite à la rêverie, à la contemplation. Ce noir, qui fascine autant qu’il effraie, n’a cessé d’éveiller les sens et les imaginaires des hommes et des artistes », note Jean-Luc Martinez. L’exposition interroge ainsi cette tonalité au symbolisme pluriel, questionne les multiples paradoxes et les mille manières dont le noir a inspiré l’art et mis les artistes au défi. Couleur du paradoxe, le noir est-il une absence de lumière, un vide, une somme réjouissante de toutes les couleurs, un éblouissement ? Pour le savoir, le visiteur doit faire l’expérience du noir. Omniprésent dans les phénomènes de la nature, le noir a nourri de tout temps les artistes, cherchant à retranscrire dans leurs œuvres cet éveil des sens. Le parcours explore ainsi la nuit comme sujet de peinture à part entière mais aussi le contre-jour ; les rapports structurants mais ambigus entre noir et sacré ; la dimension sociale du noir ; le noir du charbon, emblématique de l’ère industrielle qui trouve un écho particulier au Louvre-Lens installé au cœur de l’ex-bassin minier ; le noir comme matière première ; sans oublier la recherche du noir pour le noir
qui anime le travail des artistes dès le début XXe siècle.

Des toiles aux installations

Plus de 180 œuvres racontent ainsi comment le noir a interrogé, inspiré et défié les artistes occidentaux. On retrouve ainsi des gravures de Félicien Rops, les araignées duveteuses d’Odilon Redon, le monochrome composé de mouches du plasticien Damien Hirst. Mages, sorciers apparaissent sur les toiles d’Eugène Delacroix représentant Macbeth consultant les sorcières ou Johann Heinrich Füssli avec Les Trois Sorcières. Dans la Descente de Croix au flambeau de Rembrandt et Le Calvaire de David Téniers, le noir traite de sujets religieux. De son côté, Véronèse s’attache à représenter le noir du deuil alors que, avec la peinture d’Édouard Manet, le noir acquiert ses titres de noblesse et devient le symbole de l’élégance. Dans la seconde moitié du XXe siècle, César et Arman convoquent les matières noires afin de témoigner d’une réalité nouvelle. Un parcours exhaustif menant, comme un parachèvement, aux outrenoirs de Pierre Soulages qui déploient toute la richesse, les dualités et la complexité du noir, somme de toutes les couleurs.

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