«En art, l’heure est désormais au métissage»

Harold t’Kint de Roodenbeke
Harold t’Kint de Roodenbeke. président
du conseil d’administration de la BRAFA.

Fin janvier, tous les regards des passionnés d’art se tournent vers Bruxelles. Cette manifestation réunit 133 galeries et marchands d’art, originaires de seize pays, présentant à plus de 65.000 visiteurs le plus beau, le plus rare ou le plus précieux dans leurs spécialités artistiques respectives.

Qui sont les visiteurs de la BRAFA ?
Pour une manifestation généraliste telle que la nôtre, qui regroupe plus d’une vingtaine de spécialités artistiques en son sein, il est important de pouvoir satisfaire aux exigences de divers publics. Car, aux côtés de collectionneurs et d’amateurs d’art chevronnés, en quête d’œuvres bien précises de nature à compléter leur collection, nous devons aussi susciter l’en- vie auprès d’un public peut-être moins pointu, mais qui ne demande qu’à se lais- ser convaincre par la beauté ou l’intérêt d’une œuvre. La façon de collectionner ou d’acquérir des œuvres d’art a en effet considérablement évolué ces dernières années, et l’heure est désormais au métis- sage, au cross-collecting, à la recherche de correspondances. En imposant depuis toujours une implantation non sectorielle de ses stands, et en faisant cohabiter des spécialités a priori étrangères les unes aux autres, nous voulons magnifier cette diversité, renouveler sans cesse le regard, inviter à l’harmonie. C’est aussi ce qui définit notre ADN.

Pour cette 64ème édition, jouez-vous la rupture ou la continuité ?
Pas question de rompre avec une recette qui fonctionne, qualité, éclectisme, convivialité. Elle semble convaincre tou- jours davantage exposants comme ama- teurs d’art qui y trouvent, les uns comme les autres, toutes les raisons de lui rester fidèles. En témoigne le nouveau record d’affluence établi lors de la dernière édition, plus de 65.000 visiteurs -, et la participation assidue de nom- breuses galeries européennes parmi les meilleures. Nous avons sou- haité une évolution plutôt qu’une révolution. Il s’agit d’affiner l’offre en la rendant plus complète, plus pointue ; d’exiger toujours une plus grande rigueur, tant dans les critères de sélection des galeries que dans ceux des œuvres exposées, afin de garantir le plus haut degré de qualité possible ; d’aller à la rencontre de nou- veaux publics et de rester attentifs aux tendances d’un marché de l’art en perpé- tuelle transformation.

Les exposants sont-ils les mêmes que lors des éditions précédentes ?
C’est toujours une grande fierté de pou- voir dévoiler notre liste de participants, car celle-ci est révélatrice de la santé et de l’attractivité de notre manifestation. Avec seize nouveaux noms, nous demeurons dans la moyenne des éditions antérieures et c’est, de mon point de vue, un pourcentage idéal. Cela signifie que nous sommes en mesure d’apporter de la nouveauté sans toutefois remettre en cause les équilibres internes entre les diverses spécialités, sans bousculer tout l’ensemble. Je pense qu’il est important que nous puissions offrir à nos visiteurs une forme de conti- nuité, avec des galeries fidèles à l’événement depuis de très longues années et que nos visiteurs aiment à retrouver, tout en offrant une touche de nouveauté. Car grâce à cela, notre événe- ment conserve sa force et témoigne de son ouverture.

Cette édition est également marquée par une manifestation particulière…
2019 marque le centenaire de la Chambre Royale des Antiquaires et Négociants en Œuvres d’Art de Belgique, rebaptisée aujourd’hui ROCAD.be (pour Royal Chamber of Art Dealers). En raison de leur liens historiques étroits, quel autre lieu que la BRA- FA aurait-il été plus adéquat pour célébrer cet évé- nement, autour d’une exposition de prestige dans un espace dédié, celui qui a été consacré à Christo l’année dernière. Elle rassemblera une trentaine d’ob- jets, dont deux œuvres de la main de René Magritte, issus de collections privées qui tous, ont été négociés par les membres de la Chambre. Les œuvres choisies sont non seulement des pièces exceptionnelles du marché de l’art mais racontent aussi chacune une histoire qui sera partagée avec le public. Paral- lèlement à cette exposition, une magnifique publication sera présentée qui mettra en lumière des objets mythiques vendus ou faisant partie des collections des membres de la Chambre.

Au-delà de l’exposition, la BRAFA est également l’occasion d’assister à des conférences de haut niveau…
Indispensable complément à toute visite à la BRAFA, le cycle BRAFA Art Talks propose des conférences quotidiennes abordant des sujets multiples et variés sur le monde de l’art. Année anniversaire oblige, Pieter Bruegel l’Ancien fait l’objet de deux conférences distinctes, l’une en français, l’autre en néerlandais, faisant notamment état des découvertes réalisées récemment lors de travaux de restauration de certaines de ses œuvres. La conférencière et historienne de l’art Christiane Struyven se penchera sur les critères qui font qu’une œuvre d’art est considérée comme majeure, tandis qu’une table ronde co-organisée avec la CINOA (Confédération Internationale des Négociants en Œuvres d’Art) fera le point sur diverses théma- tiques qui alimentent l’actualité du marché de l’art. Sans ou- blier une passionnante évocation de la grande collectionneuse Peggy Guggenheim, et une plongée fascinante dans l’art déco soviétique…

Propos recueillis par Christian Charreyre

Un duo d’invités prestigieux

Gilbert est né en 1943 dans les Dolomites, en Italie, George est né en 1942 dans le Devon, au Royaume-Uni. Ensemble, ils forment un seul artiste, Gilbert & George. En cinquante ans de vie et de création communes en tant que «sculptures vivantes», le tandem indissociable et solitaire s’est lancé dans une exploration visionnaire du monde moderne, s’acharnant à créer un anti-art poétique, primal et émotionnel qui leur est propre. La BRAFA les accueille en tant qu’invités d’honneur de son édition 2019. Leur œuvre opère à travers un format récurrent : photo monumentale, carrée ou rectangulaire, quadrillée en sections, mosaïque de signes, symboles et images fortes. Cinq photomontages, issus de grandes séries récentes – Jack Freak Pictures (2008), London Pictures (2010), Scapegoating Pictures (2013) et Beard Pictures (2016) – sélectionnés par le duo, sont installés à divers endroits de la foire. «Bien que leur art puise son inspiration dans leur vie quotidienne, ils en offrent une vision tantôt métaphysique, tantôt mystique, tantôt polémique, mais toujours teintée d’humour et porteuse de message… Nul doute que leur vision décalée devrait faire mouche au pays du surréalisme !», explique Harold t’Kint de Roodenbeke

Henri Michaux, Sans titre, 1962, gouache sur papier, 49 x 63 cm, galerie AB.
Fin janvier, tous les regards des passionnés d’art se
tournent vers Bruxelles. Cette manifestation réunit
133 galeries et marchands d’art, originaires de seize
pays, présentant à plus de 65.000 visiteurs le plus beau,
le plus rare ou le plus précieux dans leurs spécialités
artistiques respectives.
Hans Hartung, P40- 1975-H43, 1975, acrylique sur carton, 75 x 104,6 cm, galerie Boulakia.
Kees Van Dongen, Danseuse, huile sur papier, support carton, 64 x 49,2 cm, Helene Bailly Gallery