Cette exposition consacrée à Picasso est un véritable événement : la dernière rétrospective consacrée à Lyon au peintre remonte en effet à 1953. Et surtout, elle adopte un point de vue original, autour d’une thématique bien particulière.
Par Christian Charreyre

S’il n’y avait qu’une vérité, on ne pourrait pas faire cent toiles sur le même thème », affirmait Pablo Picasso. L’exposition événementielle présentée au musée des Beaux-Arts de Lyon, initialement prévue en mars et reportée pour cause de crise sanitaire, en est un exemple parfait. Elle propose en effet une relecture d’un sujet particulièrement présent dans l’œuvre du maître espagnol.

Un classique réinventé

Le projet est né du legs au musée d’une baigneuse de Picasso de 1937 par l’actrice collectionneuse Jacqueline Delubac en 1997. Les équipes du MBA ont réuni plus de 150 œuvres (toiles, dessins, sculptures, films, photographies…) grâce à la contribution de prêteurs comme le musée national Picasso-Paris ou la Peggy Guggenheim Collection de Venise, mais aussi d’importantes collections publiques d’Europe et du Canada ainsi que des collections particulières. L’exposition présente également, en contrepoint, des œuvres d’artistes du passé, comme Ingres, Cézanne ou Renoir, qui ont influencé Picasso dans le traitement de ce sujet, ainsi que des créations d’artistes modernes et contemporains qui se sont intéressés aux baigneuses de Picasso et ont trouvé en elles une source d’inspiration ou le prétexte à une confrontation. La baigneuse est un sujet traditionnel de la peinture et de la sculpture mais Picasso l’investit d’une manière toute singulière, réinventant cette figure en s’inspirant des maîtres qui l’ont précédé, comme le peintre symboliste Pierre Puvis de Chavannes, qui lui a donné une dimension métaphysique et mélancolique, mais aussi Eugène-Louis Boudin ou Édouard Manet qui ont peint les premières stations balnéaires, sans oublier les nymphes de Renoir, les vahinés de Paul Gauguin ou les corps féminins nus stylisés de Paul Cézanne – dont Picasso a été un grand collectionneur. Tout au long de leur parcours, les Baigneuses de Picasso ont subi de nombreuses métamorphoses, suivant l’évolution de son travail plastique, sur la toile mais aussi en trois dimensions, ainsi que sa propre expérience hédoniste, mondaine et ludique des plaisirs balnéaires, en passant par ses grands sujets de préoccupation, notamment la guerre, mais aussi les déformations du corps humain.

Source d’inspiration

Le travail de Picasso sur la thématique des baigneuses a joué un rôle important dans le parcours de nombreux artistes. En 1927, Francis Bacon, alors âgé de dix-huit ans, découvre les dessins du maître à la Galerie Paul Rosenberg à Paris, avant d’être influencé par les œuvres de la période des « tableaux magiques », de l’été 1926 au début de l’année 1930, et la série des Baigneuses de Dinard. Ces baigneuses de la fin des années 1920 reviennent aujourd’hui dans les grandes toiles de l’artiste Farah Atassi (née en 1981). Niki de Saint Phalle a toujours dit combien elle estimait l’œuvre de Picasso. Puisant aux mêmes sources, celles des silhouettes féminines préhistoriques, elle donne à ses Nanas à partir du milieu des années 1960 des formes rebondies. Contemporaines des dernières œuvres de Picasso et témoignant elles aussi du caractère populaire des plaisirs de la plage, leurs acrobaties ludiques font irrésistiblement penser aux attitudes de certaines des Baigneuses de Picasso.

 

Lire le magazine