On ne la connaît souvent que comme la compagne de Fernand Léger. C’est oublier qu’elle fut aussi une artiste remarquable, dont l’oeuvre traverse le XXe siècle.
Par Christian Charreyre

 

Pour accompagner la sortie de l’exceptionnel ouvrage qui lui est consacré, Artcurial accueille une exposition consacrée à Nadia Léger. Comment expliquer le décalage entre la renommée incontestable de Nadia Léger, figure majeure de la scène artistique parisienne, et la confidentialité de son oeuvre ? « Nadia Léger restera une personnalité unique dans les multiples sens qu’elle a su donner à sa vie et dans la manière de les faire cohabiter. À la fois épouse du grand artiste Fernand Léger, militante convaincue et artiste habitée, elle aura toute sa vie durant donné la priorité à la carrière de Fernand Léger et à ses convictions politiques, reléguant au second plan sa propre oeuvre pourtant très riche et d’une grande maîtrise technique », analyse François Tajan, président délégué d’Artcurial.

Un incroyable destin

Nadia est née Nadiejda Khodossievitch en 1904, dans une famille pauvre de Biélorussie. La révolution bolchevique aura deux conséquences : la petite Nadia devient communiste – elle le restera jusqu’au bout – et décide d’être peintre. À 15 ans, elle s’inscrit, seule, dans une école de dessin, et suit les cours de Władysław Strzeminski et de Kasimir Malevitch, le père du suprématisme. En 1922, elle arrive à Varsovie et s’inscrit aux Beaux-Arts. Dans une revue d’art, elle découvre Fernand Léger et se fixe un but : devenir son élève. Mariée à un peintre polonais dont elle se séparera quelques années plus tard, elle s’installe à Paris, intègre l’Académie Moderne, dirigée par Léger. Étudiante brillante, elle devient rapidement son assistante, son inspiratrice… et sa maîtresse, malgré la différence d’âge : elle a 24 ans, lui 47. Pendant la guerre, Léger fuit aux États-Unis, Nadia, elle, reste en France et participe activement à la Résistance. Nadia épouse Fernand, veuf depuis deux ans, trois ans seulement avant sa disparition.

Un talent d’exception…

Les réalisations de Nadia Léger traversent les plus grands courants de peinture du XXe siècle, du suprématisme au cubisme jusqu’au réalisme socialiste des années 50. Pendant trente ans, elle fut l’assistante puis la directrice de l’Atelier école Léger, l’un des plus extraordinaires laboratoires de la Modernité, où elle partage son chevalet notamment avec Nicolas de Staël et Louise Bourgeois.
À Montparnasse, elle est de toutes les avant-gardes, faisant cimaise commune avec Léger mais également Kandinsky ou Jean Arp. Communiste convaincue, elle a réalisé des dizaines de portraits monumentaux de Thorez, Staline ou Lénine. Plus de 70 ans plus tard, ses portraits iconiques restent d’une extraordinaire modernité dans un style qui pourrait avoir inspiré Obey et son célèbre portrait d’Obama, Hope.