EXPLORE LE FIL DE NOTRE HUMANIT

Rendez-vous incontournable des amateurs d'art textile, ou «Fiber art»,
Miniartextil, panorama d'avant-garde de l'art textile contemporain
international venu de Côme en Italie, esquisse cette année, entre portrait
chinois et portrait de famille, une certaine image de notre humanité.
Par Gabrielle Gauthier
Marco Rubbera et Enrico Mancini,
Premio sponga, 2018.

Initiée en 1991 à Côme, Miniartextil est devenue un événement de référence international, l’une des plus importantes expositions au monde consacrées à l’art textile contemporain. Chaque année, le jury sélectionne une cinquantaine d’œuvres, à la croisée entre les nouvelles tendances de l’art contemporain, une tradition artisanale d’excellence et une nouvelle vague du design actuel. Pour cette édition, il a été demandé aux artistes, venus du monde entier, d’exprimer leur vision du concept d’humanité, dans une œuvre de 20 x 20 x 20 cm, règle du jeu de Miniartextil ! Le thème «Humans» explore l’étroite frontière entre «humain» et «trop humain» embrassant idéalement tout le genre humain, avec ses sentiments, ses rêves et ses peurs. Quoi de plus complexe que de tenter de définir l’humain ? Quoi de plus difficile MINIARTEXTIL EXPLORE LE FIL DE NOTRE HUMANITÉ de le comprendre… de nous comprendre ? Alors, par le biais de multiples points de vue, matériaux, techniques et sensibilités, les artistes tentent de dresser un portrait forcément mosaïque du genre humain, dans toute sa spécificité et toute sa diversité. Autant de manières de dessiner notre nature humaine. 

Une fibre créatrice

À travers plus de soixante œuvres, minitextiles et installations monumentales, l’exposition nous invite à une plongée au cœur de l’humain, corps et âme, sa force et sa fragilité, ses passions tristes ou joyeuses. Comme chaque année, les œuvres sont installées au cœur du prestigieux Beffroi, haut-lieu de l’art contemporain où se tient également le Salon de Montrouge. À la croisée entre les nouvelles tendances de l’art contemporain, une tradition artisanale d’excellence et une nouvelle vague du design actuel, l’art textile contemporain est un domaine artistique raffiné et original que Montrouge soutient avec conviction. «Le thème de cette nouvelle édition, interpelle la notion d’humanité et son essence. Grace à leurs créations, les artistes sélectionnés nous invitent à dessiner les contours d’un monde futur et à redécouvrir la place de l’humanité», souligne Étienne Lengereau, Maire de Montrouge. Le vocabulaire du fil, du tissage et du lien se manie comme un outil métaphorique éclairant et plus que jamais pertinent pour dire la nécessité d’une humanité commune et solidaire, d’un «tous ensemble» salvateur. Entrelacs complexes et fragiles des relations à l’œuvre chez Kaoru Nakano ; humanité aux multiples visages mais ensemble reliés chez Maria Matyja-Rozpara ; tornade colorée du métissage pour Médée ; histoire commune, créée, et partagée, chez Christine Laübli… Ce sont ainsi le cœur en soie délicate chez Chiaki Dosho ou plein de poétiques potentialités chez Sarah S. Dochow, le cerveau siège de mémoire pour Céu Escudeiro, les mains travailleuses de Minnamarina Tammi. Un nouvel Humanisme, donc, réalisé à travers les trames et les enchevêtrements de fibres transposées. 

Un humanisme retrouvé 

Miniartextil, ce sont 54 mini-textiles mais aussi d’impressionnantes installations qui transcendent par leurs volumes et leurs audaces l’imagination la plus folle ! Si, lors des dernières éditions, Miniartextil a permis au public de découvrir les œuvres les plus spectaculaires d’artistes de renommée internationale, comme William Kentridge, El Anatsui ou Maria Lai, pour n’en citer que quelques-uns, Miniartextil 2019 accueille, entre autres, le grand artiste écossais Charles Sandison, mêlant art, science et technique numérique autour d’une réflexion passionnante sur le génome humain. Entre mixité culturelle et spiritualité, les chapeaux-minarets de Maïmouna Gueressi magnifient et protègent la partie la plus vulnérable de l’être humain : son visage. Quant à l’italien Gin Angri, il proclame, avec tout un peuple, «une seule race : l’humanité». On pourra également apprécier les portraits croisés de nos servitudes avec les corps emprisonnés dans l’œuvre d’Alberto Borellini, le pouvoir de l’argent pour Lucia Grazia Coviello, les esprits engagés symbolisés par Gerda Ritzmann, l’ontologique solitude imagée par Patricia Ramsay. L’Art de la Fibre est caractérisé par la recherche et l’expérimentation continue, à la fois du point de vue conceptuel et en ce qui concerne l’utilisation des matériaux. Un voyage inédit et rempli d’émotions au cœur de l’humanité, une traversée, une fouille, une enquête – ce qui est propre de l’art – qui ont le mérite de rendre possible une opération extraordinaire : replacer l’être humain au centre de la scène et de l’attention collective, vedette retrouvée de la réalité. Bref, un rendez-vous incontournable du Fiber Art.