Depuis quelques temps, on assiste à l’émergence d’un retour à la tradition picturale chez un nombre croissant de peintres contemporains. Les portraits à l’huile de cette artiste britannique en sont une parfaite illustration.
Par Christian Charreyre

De Thomas Gainsborough à John Hoppner, les anglais ont une longue tradition de portraitistes académiques. Rien d’étonnant donc à ce que des expositions leurs soient régulièrement consacrées, notamment à l’initiative de la Mall Gallery de Londres. Lisa Ann Pulhofer y a été invitée et a même été distinguée par l’émission de télévision Sky Arts Portrait Artist of the year. Autodidacte jusqu’en 2013, cette psychiatre de profession a rencontré Tony Merrick, un membre éminent du Royal Institute of Oil Painters, avec qui elle a étudié avant de prendre une retraite anticipée pour suivre les cours de l’école des Beaux-Arts de Heatherley, dont elle a obtenu un diplôme de portraitiste en 2017. Cette artiste aime utiliser tous les médiums, mais travaille principalement à l’huile.

Inspiration classique

Lisa Ann Pulhofer s’inscrit dans une tradition qui remonte à plusieurs siècles. Sans surprise, les grands maîtres font
partie de ses références, mais également des peintres actuels. « Il y a beaucoup d’artistes qui m’inspirent. Dans le portrait, ceux vers lesquels je me tourne toujours pour tirer les leçons du passé sont Rembrandt, Degas, Manet et un artiste américain appelé Robert Henri, dont le livre The Art Spirit est fascinant. Parmi les artistes plus contemporains, je citerais Louis Morris, Andrew James, Simon Davis et bien sûr Thai Shan Schierenberg ». Si elle s’inscrit dans une longue lignée de portraitistes, Lisa Ann Pulhoffer a développé sa propre approche. « J’explore constamment les relations entre les couleurs, m’efforçant de développer une interprétation imaginative de ce qui peut, à première vue, sembler tout à fait ordinaire. Le maître en la matière est pour moi Degas, qui semble faire toutes ces choses à la perfection. Peindre doit toujours être un processus expérimental pour moi, sinon quel est l’intérêt ? ».

Capturer l’émotion

Si elle s’est essayée à tous les sujets, notamment les natures mortes, ce sont les visages qui sont son principal thème. « Mon premier amour est le portrait, je ne me lasserai jamais des différentes facettes du visage et du personnage. Je trouve toujours que c’est un défi de capturer une ressemblance. J’essaie de me souvenir de ce qui m’attire en premier lieu sur le visage d’une personne, et de l’émotion que je ressens. Je fais généralement un croquis rapide d’abord, cela aide à identifier ce qui est important. La narration vient avec l’émotion, la pose, et peut-être en incluant des objets qui ont une signification pour le modèle. Je ne sais jamais où une peinture va me mener. C’est toujours une série de décisions. Par exemple, pour Valentina Resting, je cherchais une composition inhabituelle. Le tableau qui me tient le plus à cœur est For better or worse [Pour le meilleur ou pour le pire, NDLR], qui a été sélectionné pour le prix de l’artiste et illustrateur de l’année 2018. C’est celui d’une de mes anciennes patientes souffrant de démence et de son mari. Je les ai trouvés assis ensemble comme ça et je souhaitais juste essayer de créer quelque chose qui montrerait ses sentiments pour elle. La démence est un sujet que j’ai l’intention d’explorer davantage à l’avenir ».

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