Pour le peintre-graveur Henri Landier, Romaine fut la compagne et la muse d’une vie. Née à Vannes en 1943, elle rencontre l’artiste à l’âge de 19 ans à Caen. Passionnée par l’éducation des jeunes enfants, étudiante à l’École Normale de Liseux, elle se forme à la pédagogie Freinet. Elle découvre les œuvres de Landier en 1962 aux côtés de celles de Bernard Buffet et de Gen Paul. Liés par leur amour de l’art, de la littérature et de la philosophie, ces deux jeunes gens ne tardent pas à l’être par le mariage. Romaine est séduite par son talent, son courage obstiné de poursuivre une carrière artistique dont le succès est incertain et reste encore à bâtir, et sûrement par son habileté à manier le verbe et sa curiosité insatiable. Quant à lui, élevé à une époque où les femmes n’étaient pas indépendantes, il ne peut qu’être admiratif de cette jeune institutrice fière et ambitieuse. Leur aventure commune dure jusqu’au décès de Romaine, en décembre 2019. Durant 57 années, Henri a rendu hommage à la femme aimée. Elle a été son modèle de prédilection, de la jeune fille (Romaine à la mèche bleue) à la grand-mère (Maminou), en passant par la muse (La Femme au chapeau de paille), l’intellectuelle (La Bayadère), la femme (La Dormeuse mauve), l’amante (Nu estival), la mère (Maternité jaune), la voyageuse (Confidences praguoises), l’enseignante (Parfum de pêche)…

Au fil des phases créatrices, sur toile ou sur papier, Landier explore différents angles de vue, fonds, couleurs, lumières, révélant sa forte complicité avec celle qui l’inspire tant. Au milieu des années 1985, alors que son mari entame sa période japonisante, elle endosse le kimono et pose dans des attitudes d’une grande sérénité voire hiératiques, notamment dans l’aquarelle Romaine au kimono, exceptionnelle par son aspect solennel et ses dimensions. À partir des années 2000, Henri Landier la met en scène dans de vastes huiles sur toiles colorées aux courbes souples et arrondies. Elle est tantôt l’épouse complice à Roussillon, tantôt l’intellectuelle méditative dans La liseuse au scarabée devant Sainte-Victoire, tantôt une allégorie de la mélancolie dans Romaine pensive, ou encore l’institutrice qui enseigne la lecture à son petit-fils dans Parfum de pêche. L’Atelier d’Art Lepic organise une exposition consacrée à cette histoire d’amour et d’art, avec un bel accrochage d’une soixantaine d’œuvres, dessins, gravures, huiles sur toile, gouaches et aquarelles.

Atelier d’art Lepic
1 rue Tourlaque 75018 Paris
Du 4 juin au 5 juillet 2020, du mardi au dimanche de 14h à 19h