Le directeur artistique de cette manifestation sans aucun équivalent au monde a imaginé un événement où l’art va littéralement à la rencontre du public. L’occasion de voir des créations originales et éphémères de grands noms de la création contemporaine.
Par Christian Charreyre 

Quel est le rôle du directeur artistique d’un événement comme la Nuit Blanche ?

C’est d’abord de se projeter soi-même une nuit dans Paris où tout est ouvert, tout est possible, tout est imaginable. Nuit blanche, page blanche… du moins, au départ. Ensuite, évidemment, on se prend un flot de contraintes, de problèmes de sécurité, de voirie… mais, de ce que j’en ressens personnellement, c’est qu’il y a une volonté d’une grande liberté artistique. Ce n’est pas un festival, où l’on est contraint par l’espace à une ou plusieurs scènes. Là, c’est Paris et même pour cette édition, le Grand Paris.

 

 

Quelle est la place des arts plastiques dans le projet ?

À la base, Nuit Blanche a toujours accordé une grande place aux arts plastiques. Cela vient aussi des commissaires qui s’en sont occupés, comme Jean de Loisy ou Laurent Le Bon. Dans la dimension artistique, toute la question est de savoir où on met le curseur.
Quelle place pour la musique, avec des projets expérimentaux, pour la danse… Mais, fondamentalement, dans l’esprit, c’est une projection du public dans des visions d’art plastique, qui peuvent être des performances, des vidéos, des installations. C’est cela, l’ADN premier de Nuit Blanche.

Il y a un côté monumental dans les créations présentées…

En fait, il y a une myriade d’oeuvres à découvrir, y compris des choses très intimes. Il y a vraiment beaucoup de projets, dans des cinémas, de toutes petites chapelles, des lieux où personne n’est jamais rentré. C’est aussi cela, le côté magique de Nuit Blanche. J’ai vécu beaucoup de Nuit Blanche, le moment que je préfère, c’est entre 4 heures et 6 heures du matin, quand on sent que tout va s’évanouir et qu’il y a une urgence. Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut jamais tout voir, on sait que le lendemain, on va découvrir qu’on est passé à côté de quelque chose de génial. Cette frustration, c’est aussi particulier à Nuit Blanche. Avec Jean-Max Collard, nous sommes très attachés à essayer de préserver ce côté course contre la montre. Je me suis inspiré de la course folle des Pharasons, toute la nuit sur leur barque.

Comment est née l’idée de la parade ?

Quand Anne Hildalgo et Christophe Girard m’ont proposé de prendre la direction artistique de cette édition, j’ai immédiatement eu l’envie d’avoir une Nuit Blanche en mouvement, pour éviter d’avoir trois heures de queue devant chaque oeuvre. C’est comme la forêt de Macbeth, au lieu de faire bouger le public, on fait bouger les oeuvres. Des artistes comme Daniel Buren, qui avait toujours rêvé de faire une création en mouvement et qui n’y était jamais parvenu, Annette Messager, Pascale Marthine Tatyou… se sont pris au jeu.

Comment avez-vous choisi les artistes qui participent à l’événement ?

Notre avis a été d’agglomérer des mondes qui semblent clos. Faire se rencontrer Tintin, l’un des princes de Paris pour le tatouage, et Daniel Buren. Notre rôle est d’organiser cette fusion pour qu’il y ait tout à coup cette révélation d’un Paris rêvé, où l’on passerait de choses très statiques à des choses exubérantes en ébullition, le tout au milieu d’une musique coordonnée par la Philharmonie de Paris, qui va être aussi très singulière.

Quels sont les points les plus marquants de cette édition ?

Le Vélodrome est une expérience très impressionnante ; le périphérique la nuit débarrassé des voitures, c’est quelque chose qui n’est jamais arrivé. Les deux petits marathons, où l’on va traverser 42 bâtiments, musées, théâtres, monuments dont la Tour Eiffel… Les personnes qui vont faire ça garderont un souvenir d’éblouissement. Il y aura toujours des grincheux pour dire qu’on ne visite pas les musées comme cela, mais les musées, on pourra toujours y aller le lendemain. Pendant 4 heures, on peut vivre une expérience avec une magnifique vision de Paris nocturne.

Que deviennent les œuvres créées pour la Nuit Blanche ?

Celles qui ont été imaginées pour l’occasion, si elles tiennent toute la nuit, on sera bien content ! Ce sont des lucioles, un peu grosses, mais qui ne vivront pas plus que cette nuit exceptionnelle.