Cette année, l’Atelier des Lumières s’illumine des œuvres singulières de Salvador Dalí à travers une exposition immersive qui revient sur plus de 60 années créatrices du maître catalan.
Par Anouck Etcheverry

Excentrique, méticuleux à l’extrême, grand connaisseur des théories freudiennes, Salvador Dalí (1904-1989) a marqué l’histoire de l’art. L’artiste né à Figueras, au nord de la Catalogne, a en effet expérimenté différents styles artistiques et flirté avec plusieurs mouvements. De ses œuvres de jeunesse réalisées à Cadaqués d’un étonnant réalisme à ses toiles stéréoscopiques, sa dernière passion, Dalí s’est donné en spectacle tout au long de sa carrière, mélangeant l’art et la vie, se mettant en scène à tout propos, se qualifiant lui-même de « cannibale, mégalomaniaque et pervers polymorphe ».

Une promenade surréaliste

Avec l’exposition immersive « Dalí, l’énigme sans fin », l’Atelier des Lumières donne à voir plus de 60 années créatrices du maître catalan à travers un parcours thématique judicieusement articulé. En introduction, l’exposition fait référence à un symbole cher à Dalí : l’œuf, représenté sous toutes ses formes, occupe une place importante dans sa peinture. On découvre ensuite les œuvres de jeunesse du peintre, notamment celles réalisées à Cadaqués, un village qui ne cessera d’imprégner et d’influencer ses œuvres. La visite se poursuit par l’engouement de Dalí pour l’art de la scène, sa période surréaliste qui s’appuie sur sa méthode « paranoïaquecritique », ses fresques grandioses, sa proximité avec la photographie et le cinéma avec performances vidéos, photos et couvertures de magazines… À travers ce parcours, on se promène dans des paysages surréalistes et métaphysiques et se retrouve au cœur des œuvres surprenantes de l’artiste à l’imagination débordante. Ces œuvres, aux multiples niveaux de lecture, illuminent ainsi la Halle de l’Atelier des Lumières. Déployées et animées sur le sol et les murs jusqu’à 10 mètres de haut, elles laissent apparaître les détails des coups de pinceau, des traits et des jeux de matières de l’artiste. « J’utilise les technologies multimédias les plus avancées pour permettre aux visiteurs d’expérimenter l’art d’une manière émotionnelle. Créer un environnement sensoriel, musical, visuel, interactif pour sublimer des lieux exceptionnels par l’art numérique, voilà comment je pourrais résumer ma démarche qui immerge le public au cœur d’une œuvre dont il est lui-même acteur », explique Gianfranco Iannuzzi, le metteur en scène.

Une atmosphère hypnotique

Peintures, dessins, photographies, installations, films et images d’archives rappellent la personnalité unique du peintre à la célèbre moustache mais également ses obsessions pour l’étrange et le surnaturel ainsi que sa fascination pour sa femme Gala, sa véritable muse et collaboratrice. Des chefs-d’œuvre emblématiques, de La Persistance de la Mémoire au Visage de Mae West comme un appartement surréaliste en passant par Léda Atomique et La tentation de Saint Antoine, révèlent le talent de Dalí, créateur de nouveaux langages et de toiles uniques, inspirées des grands maîtres de la peinture tels que Vélasquez, Raphaël, MichelAnge, Vermeer ou Millet. Cette création revient ainsi sur les différentes facettes de l’artiste : de ses recherches initiales impressionnistes et cubistes à ses œuvres mystiques aux thématiques religieuses en passant par sa période surréaliste et ses rapports à la scène, à la photographie et au cinéma. Plus de 30 ans après sa mort, Dalí et sa « méthode paranoïaque-critique » ne cesse de résonner aujourd’hui. On découvre ainsi, sous un angle nouveau, les effets optiques et évocations oniriques du peintre qu’il met au profit de la création artistique. Pendant une quarantaine de minutes, « Dalí, l’énigme sans fin » révèle les miroirs de la pensée du peintre dans une atmosphère presque hypnotique. L’ensemble de l’exposition est en effet rythmé par les musiques de Pink Floyd. Les couleurs profondes, les formes étirées et volumineuses des toiles de Dalí se dessinent alors sur les murs au son de titres issus d’albums mythiques tels que The Dark Side of the Moon et The Wall pour s’immerger dans un univers planant, paisible ou troublant.

 

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