Depuis dix ans, installée au cœur historique de Bergerac en Dordogne, Bénédicte Giniaux présente des artistes qu’elle aime et défend, loin des effets de mode. Une vision de son métier hors des sentiers battus.
Par Christian Charreyre

Quel parcours vous a conduit à ouvrir votre galerie ?

Avant d’être galeriste, j’étais cavalière, je travaillais avec des chevaux de propriétaires dans des écuries privées. Mais la création, que ce soit la peinture, la sculpture, la mise en scène, l’écriture m’a toujours passionnée. C’est en allant au contact d’artistes que j’ai commencé, en 1994, à organiser des soirées expos-spectacles, à Senlis et dans mon village, La Chapelle-en-Serval, dans l’Oise. J’étais très influencée par Jean-Pierre Rosnay, qui tient le Club des poètes à Paris, rue de Bourgogne. Au début, je faisais ça dans le cadre d’une association, dans des lieux prêtés aux artistes. En région parisienne, je ne voulais pas me présenter comme galeriste, parce qu’il y a beaucoup de confusion sur ce que recouvre ce terme. Quand j’ai acheté une maison à Bergerac, avec un bel espace au rez-dechaussée que j’ai pu aménager, j’étais à 200% libre d’être ce que je voulais être. Et j’ai enfin osé m’appeler galeriste !

Pourquoi avoir ouvert une seconde galerie ?

Villeréal est d’abord un charmant petit village où il n’existe pas de lieu dédié à l’art. C’est à seulement 40 kilomètres de Bergerac, mais dans un autre département (le Lot-et-Garonne), suffisamment près pour que je puisse être
réactive, si quelqu’un demande à voir une œuvre je peux l’apporter le lendemain matin ou le soir même, et c’est assez
loin pour toucher une autre clientèle. Cela draine également de nouvelles personnes sur la galerie de Bergerac.
Depuis l’ouverture à l’été dernier, les gens sont très contents.

Quel est votre définition de votre métier ?

Je dis toujours qu’il y a autant de galeristes que galeries ! Je me vois comme une intermédiaire, tout simplement, entre les artistes et les clients. Je me sens très proche des artistes, nous avons le même regard sur nos métiers
respectifs, qui sont très complémentaires. Je n’aime pas donner mon avis ou influencer un artiste sur son travail, je suis beaucoup plus dans l’écoute. Quand je choisis les pièces que je vais présenter en galerie, je m’explique, naturellement. Et il arrive que certains me demandent des conseils, quelques-uns en éprouvent le besoin.

Comment choisissez-vous les artistes que vous représentez ?

Simplement ! J’ai d’abord besoin de sentir que l’on va bien s’entendre, humainement, avec l’artiste. Il me faut un temps de rencontre, de découverte. Ensuite, je regarde naturellement son travail et il faut que la technique soit parfaite. Si les choses ne sont pas finies, je ne veux pas les présenter dans la galerie. Enfin, il y a le regard que l’artiste porte sur son propre travail. Il ne doit pas être trop prétentieux, mais il ne doit pas non plus se dévaloriser, avancer trop lentement. Un artiste qui me dit « je fais ça, mais ce n’est pas excellent », ça ne marche pas ! Je ne travaille qu’avec des artistes permanents, ce qui limite déjà pas mal et me force à être sélective. Je reçois beaucoup de demandes, presque deux à trois par jour, et j’en refuse énormément. C’est terrible mais il n’y a pas assez de galeries pour le nombre d’artistes.

Et quelle relation avez-vous avec vos clients ?

Là aussi, je crois que l’on a les clients qui nous correspondent. Les gens qui entrent dans une galerie comme la mienne, avec des œuvres qui commencent à 100 euros et qui ne dépassent pas les 25.000 euros, qui ne sont pas toujours dans la tendance, doivent et peuvent avoir un coup de cœur. Quand on ramène un tableau ou une sculpture chez soi, c’est une présence que l’on va côtoyer tous les jours. Je n’influence jamais le choix des gens, je ne force jamais une vente. Je serais très perturbée que quelqu’un sorte de la galerie en ayant le sentiment d’avoir fait une bêtise. Le coup de cœur, on ne le regrette jamais, l’œuvre que l’on a hésité à acheter, on la regrette toujours. J’ai beaucoup de clients fidèles, qui reviennent régulièrement et il y a une relation formidable qui se crée au fil du temps.

Votre clientèle est-elle locale ou plus large ?

Un tiers vient de Bergerac et des environs, un tiers est constituée de propriétaires de résidences secondaires dans la région et un tiers est étrangère.

Est-ce particulier d’être galeriste en province ?

Oui, c’est d’abord un autre mode de vie. On ne tourne pas du tout comme dans les grandes villes. Il faut accepter que la rentabilité ne soit pas la même. En revanche, s’il y a des galeries parisiennes qui passent des journées entières sans que personne n’entre, ici, c’est très rare. C’est vraiment agréable. Énormément de personnes qui n’avaient jamais pénétré dans une galerie poussent ma porte et découvrent qu’ils sont les bienvenus et qu’ils peuvent revenir, même s’ils n’ont rien acheté. Et les habitués des galeries me disent des choses vraiment très touchantes, par exemple que souvent dans une galerie, ils n’aiment qu’une œuvre ou un artiste, alors que chez moi, ils aiment tout.

Vous avez une spécialité dans l’art animalier. Est-ce lié à votre passé de cavalière ?

Oui. En 1997, j’ai organisé une grande exposition à Chantilly sur le domaine du cheval. J’ai rencontré beaucoup d’artistes, j’ai sympathisé avec certains dont j’admirais le travail et ce sont devenus des artistes fidèles de la galerie. Je pense que l’animalier a toujours sa place. Je me souviens que François Chapelain-Midy, qui est aujourd’hui disparu [en 2007, NDLR] me disait qu’on avait besoin de gens comme moi, parce qu’on les considérait souvent comme des artistes mineurs.

Vous avez cependant élargi votre proposition…

Tout à fait, je ne veux surtout pas d’étiquette. Je présente ainsi des artistes abstraits, comme le sculpteur JeanPierre Dall’Anese. Mais cela s’accorde très bien dans la galerie. L’association, la confrontation des uns et des autres est formidable.

Comment faites-vous vivre la galerie en dehors de l’exposition des œuvres ?

Dans l’Oise, j’organisais beaucoup d’événements, par exemple des soirées poésie, parce que la poésie m’accompagne depuis toujours. Ici, j’ai organisé ce que j’appelle des « soirées tabourets », chacun arrive avec son siège, s’installe dans la galerie. Après cette période difficile que nous venons de traverser, j’ai envie d’organiser des soirées lectures. Tous les étés, j’organise de grandes expositions de sculptures au Domaine des Vigiers, un hôtel 4* prestigieux, avec un restaurant gastronomique et un golf. La clientèle du lieu découvre les artistes et je fais découvrir ce site merveilleux à un nouveau public, qui peut en profiter, même s’il ne dort pas sur place. C’est un très bon échange.

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