PAUL GUILLAUME, UN PRÉCURSEUR VISIONNAIRE

« Modigliani est mort sans-le-sou à l’âge de 35 ans. Le record de vente pour l’une de ses toiles ? 170 millions de dollars en 2020. Soutenez les artistes tant qu’ils sont vivants ! ». Alors qu’un peu d’espoir renaît dans le monde de l’art après l’annus horribilis que nous venons de vivre, ce graffiti vu récemment sur un mur parisien incite, peut-être, à réfléchir sur le marché de l’art contemporain. Celui-ci afficherait une santé insolente, si l’on en croit les chiffres du rapport Artprice, ne concernant que les ventes aux enchères. En 20 ans, il a progressé de plus de 2000%, frôlant les 2 milliards de dollars (environ 1,650 milliard d’euros) de chiffre d’affaires. Mais ce succès doit être relativisé, comme le souligne Thierry Ehrmann, président et fondateur d’Artprice by Artmarket.com. « Les trois-quarts du résultat mondial reposent sur 100 artistes seulement, parmi plus de 30.000 soumis à la loi du plus offrant. Autrement dit, la santé économique du marché de l’art repose sur 0,3% des artistes vendus aux enchères » !

Et on ne parle pas du « premier marché », ces milliers d’artistes vendus en galeries et qui cherchent à conquérir le cœur des collectionneurs. L’histoire de Modigliani peut apporter un éclairage intéressant un siècle plus tard. Si le peintre et sculpteur italien a connu la pauvreté, c’est en raison de ses choix de vie. Mais il pouvait compter sur son ami, le galeriste Paul Guillaume, dont il a peintre un portrait célèbre. Celui-ci, conseillé par Guillaume Apollinaire, s’est instauré champion de la nouvelle peinture, défendant Chirico, Soutine, Derain, Utrillo, Picasso à ses débuts… S’opposant au « marchand de tableaux qui fournit à ses acheteurs la marchandise qu’ils désirent », il a mis un point d’honneur à « offrir à l’admiration publique des peintres que le public ne connaît absolument pas et auxquels il faut frayer une voie ». Paul Guillaume affirmait : « Le chef- d’œuvre à l’origine ne coûte rien. Ceux qui parlent d’argent lorsqu’il est question d’œuvres d’art sont des sots. Il faut promener sa faim de bon aloi et saisir avec des mâchoires barbares, loin des codes des morales, des académismes ». Des paroles toujours et plus que jamais d’actualité.

Frédéric BENOIT
Directeur de la Rédaction
fb@artsmagazine.fr

Acheter