L’artiste a traversé le siècle et l’a dépeint, s’inscrivant comme le témoin privilégié d’une époque passée dont ses œuvres gardent la trace, parfois heureuse, parfois sanglante.
Par Suzanne Philippe

Artiste particulièrement prolixe , André Claudot (1892-1982) n’a cessé de créer jusqu’aux derniers mois de sa vie. Le parcours personnel et artistique de ce peintre « militant pour le bonheur et la fraternité des hommes », se confond avec l’histoire du XXe siècle, à travers des œuvres influencées par le fauvisme, l’expressionnisme et la caricature. Anarchiste avant 1914, caricaturiste pacifiste et antimilitariste après la guerre, antifasciste et socialiste vingt ans plus tard, résistant, communiste dès 1945, il participe très tôt aux groupes d’artistes engagés de l’École de Paris. De même, son empreinte sur toute une génération d’artistes à Pékin et Hanghzou est forte. La couleur tout d’abord, car c’est bien elle qui vient immédiatement à l’esprit lorsque l’on pense aux peintures de Claudot. Quels que soient le thème de l’ œuvre ou son genre, sa palette éclatante vient donner vie à la toile, et les tons explosifs de jaunes, bleus, verts et rouges insufflent un caractère impétueux voire impertinent aux compositions. De ses paysages de Talant à l’automne 1910 aux scènes de vie à Pékin et Hanghzhou à la fin des années 1920, jusqu’aux œuvres plus politiques des années 1970, la couleur n’a jamais quitté le pinceau de Claudot : elle est la sève qui irrigue son inspiration et fait surgir son élan créatif.

Une production aux multiples facettes

Richement illustrée, l’exposition monographie présentée au Musée des Beaux-Arts de Dijon donne à explorer et à comprendre l’homme tout autant que l’artiste, ses engagements et ses œuvres. On y découvre un parcours hors du commun à travers sept sections retraçant des périodes charnières de la vie et carrière de l’artiste, regroupant des peintures et des dessins, mais également des écrits, des photographies et des documents d’archives. Une première section est consacrée au milieu familial et à sa compagne, son principal modèle, Suzanne. Une deuxième section met en lumière sa formation (École des BeauxArts de Dijon, Arts décoratifs à Paris) et ses œuvres de jeunesse. Une troisième section dévoile la production artistique de Claudot pendant la Première Guerre mondiale. Le visiteur est ensuite transporté à Pékin et Hangzhou, sur les pas de l’artiste avec ses encres, peintures de grands formats, aquarelles et dessins qui dévoilent une période chinoise peu connue. Une cinquième section couvrant les années vingt et trente, montre l’artiste peignant La Ruche et ceux qui y vivent, la Zone aux confins de Paris, ou représentant la mine, l’usine et le chantier. Une sixième section revient sur l’ancrage bourguignon de l’artiste, du paysage au portrait. Enfin, la septième le montre en peintre de tous les combats : allégorie grinçante de la Seconde Guerre mondiale, lutte pour la paix, dénonciation de la République gaullienne pendant la guerre d’Algérie, atrocités commises par les États-Unis au Vietnam… La centaine d’œuvres exposée rend ainsi hommage à cette personnalité singulière et engagée.

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